Comment éduquer à l’ère des réseaux sociaux ? retour sur les JEN des 23 et 24 mai 2018

Comment éduquer à l’ère des réseaux sociaux ? retour sur les JEN des 23 et 24 mai 2018
14 juin 2018 isabelle.duhau

Les équipes du pôle Grand Est ont accueilli les Journées d’études nationales que Moissons Nouvelles organise tous les deux ans.

Ce temps était donc consacré aux réseaux sociaux au prisme de l’action éducative. Durant deux journées, des personnels de l’association travaillant au siège social ou dans chacun de ses pôles et représentant ses différents métiers, des administrateurs ainsi que des participants extérieurs et des partenaires invités ont planché sur ce sujet dont l’actualité, très riche, véhicule parfois des malentendus et des incompréhensions. Grâce à une préparation minutieuse, les sessions se sont enchaînées, apportant chacune un éclairage particulier au sujet (voir le programme complet).

 

Les jeunes, ces nouveaux « mutants »

Jean-Paul Guillard, thérapeute systémicien (famille, couple, institution) et psychanalyste, a présenté la manière dont nos secteurs sont aujourd’hui confrontés à des évolutions sociétales, inévitables et prometteuses, mais qui bouleversent les pratiques éducatives des professionnels. La société, qu’on dit en crise depuis quelques décennies, vit en réalité une mutation globale qui s’accompagne d’un remodelage de l’économie psychique et relationnelle des enfants et des adolescents, ces « mutants » animés par des valeurs qui évoluent. Par ailleurs, la recherche a aujourd’hui mis en évidence un processus inhibiteur des gènes régulateurs du stress, dont il résulte qu’un stress permanent habite nombre d’enfants qui peuplent les services de la protection de l’enfance ou du secteur médico-social. Ce processus est réversible à condition de repenser le système éducatif qui fonde leur accompagnement. L’enjeu est ainsi fondamental pour les professionnels – et les adultes plus généralement – d’avoir pleinement conscience de ces phénomènes, de comprendre ces évolutions sociétales, afin d’adapter et de faire évoluer les paradigmes de leur modèle éducatif.

 

Les impacts du monde virtuel

Stéphane Blocquaux (maître de conférences à l’Université Catholique de l’Ouest, docteur en sciences de l’information et de la communication) et Renaud Hétier (Enseignant-chercheur – responsable du doctorat en sciences de l’éducation à l’UCO) ont proposé une conférence à deux voix traitant de l’impact identitaire des mondes virtuels et d’internet sur les jeunes. En effet, la révolution multimédia interpelle tout à chacun qu’il la trouve passionnante, aussi dangereuse qu’attractive. Adultes, parents et éducateurs, se doivent de connaitre « la toile », ses enjeux, ses caractéristiques, ses limites et ses dangers car la dépendance à Internet (également nommée cyberdépendance, cyberaddiction, netaholisme, usage problématique d’Internet (UPI) ou trouble de dépendance à Internet (TDI)) pourrait bien prendre place parmi les principales addictions dont souffrent certains jeunes. Le challenge pour chacun est de mieux comprendre le monde numérique d’aujourd’hui, afin de maîtriser ces technologies capables d’offrir aux enfants le meilleur… comme le pire. Comment leur donner une éducation au virtuel ? leur permettre de se construire une identité virtuelle sure ? les prévenir des risques de « JE suis un autre : mes avatars ; JE suis célèbre : mes profils ; JE suis impuni : exhibitionnisme, harcèlement, jeux vidéo, errance et accès à des images violentes ou pornographiques… ». Certaines pistes de travail existent pour les éducateurs. D’abord celle du rapport au temps, quelle est ta durée de connexion journalière ou hebdomadaire ? à partir de quelle durée penses-tu qu’on peut parler de dépendance ? Ensuite celle du rapport à l’autre, es-tu le même ou différent face à l’écran ? quelles traces numériques laisses-tu sur les réseaux sociaux ? quid dans quelques mois ou quelques années ? quid d’un piratage ou d’une manipulation de ton compte ? Enfin le rapport à la loi, qu’est-ce que celle-ci autorise ? qu’est-ce qu’elle interdit ? En substance, les deux intervenants ont proposé d’abord de bien connaitre Internet et les réseaux sociaux afin d’en négocier leur usage dans le dialogue et l’échange constructif.

 

Retours d’expériences des éducateurs professionnels

Trois ateliers ont permis aux professionnels réunis de partager plus directement et de confronter leurs expériences lors de la séance de restitutions. Le premier atelier s’est plus particulièrement penché sur la « modification des relations à l’autre et à soi-même à travers les réseaux sociaux, le second sur « l’adaptation des pratiques éducatives à l’ère des réseaux sociaux » et le troisième sur « le droit et le numérique ». Il en ressort que les réseaux sociaux ont déjà largement intégré la pratique de certains éducateurs, notamment ceux chargés des jeunes en errance. Ces réseaux se révèlent le seul fil rouge permettant de maintenir un lien avec ces jeunes. Le dispositif Mousqueton, initié par le département de la Moselle, s’attache déjà à évaluer les premiers retours d’expérience. Les réseaux sociaux, et plus globalement Internet, occupe une place incontournable dans la vie des enfants de plus en plus jeunes. Il ne s’agit pas d’interdire ou de diaboliser mais de réguler et d’adapter la relation à ce monde virtuel à chaque âge et à chaque situation. Il s’agit également de trouver la bonne médiation pour éduquer à cette pratique des réseaux sociaux afin de faire découvrir à chacun tous les potentiels mais également tous les risques… au même titre que n’importe qu’elle autre activité humaine. Nombre de questions concernant la législation qui encadre les réseaux sociaux restent ouvertes. Le droit évolue rapidement, bien moins rapidement toutefois que les réseaux eux-mêmes… La mise en œuvre du tout récent RGPD (règlement général sur la protection des données), dispositif européen, cherche une parade contre certains abus dont les enfants n’ont pas conscience. L’Assemblée nationale a fixé en février dernier à 15 ans l’âge minimal pour s’inscrire seul sur un réseau social. Cette disposition serait-elle un vœu pieux ? Comment les professionnels peuvent-ils concrètement accompagner et assurer leur mission éducative sur cette matière mouvante ?

 

Un spectacle pour se découvrir et découvrir le monde

La première journée de séminaire s’est conclue par un spectacle en deux temps présenté par les jeunes de l’institut thérapeutique, éducatif et pédagogique de Boulay et par les enfants de la maison d’enfants à caractère social de Viotti. Avec l’aide des équipes éducatives, les premiers ont monté une pièce de théâtre sur le thème des réseaux sociaux. Les spectateurs ont pu constater leur inventivité et, bien entendu, leur niveau de connaissance sur le thème de nos JEN ! Fous-rires, applaudissements appuyés étaient au rendez-vous. Les seconds ont composé une séquence évoquant le voyage sur les terres africaines. Chants, djembés et guitares ont résonné plus le plus grand plaisir de tous. Les enfants avaient travaillé ce spectacle tout au long de l’année avec Baye Gallo, artiste sénégalais installé à Thionville et qui était intervenu une fois par semaine au sein de l’établissement dans le cadre d’un atelier Spectacle vivant. Leur découverte de cultures différentes les ouvrant sur le monde, leur désir de partager cette expérience et leur engagement furent réjouissants pour tous les spectateurs.

 

Une manifestation fédératrice

Plus de 150 participants attestent de la réussite de ces journées et de l’intérêt que portent les professionnels au thème qui était traité. Le directeur de l’aide sociale à l’enfance du département de la Moselle était présent ainsi que qu’un directeur de la prévention spécialisée (APSIS Emergence) et des éducateurs de terrains d’autres structures associatives. La convivialité n’avait pas été oubliée, car ces JEN sont également un important moment fédérateur pour l’ensemble des professionnels de Moissons Nouvelles répartis sur le territoire national. Les équipes locales avaient confectionné de savoureux buffets ; l’ambiance musicale a tenu toutes ses promesses ; les discussions ont été animées entre collègues se retrouvant ou faisant connaissance renforçant ainsi le sentiment d’appartenance associative. Ce succès est à mettre au crédit de toutes les énergies qui se sont déployées sur place pour l’organisation et l’association remercie vivement chacun des salariés du pôle Grand Est pour cet engagement sans faille.